1. apprendre, c’est prendre, vous en êtes d’accord ? Alors, il faut prendre la poésie à pleine main. Comme un bouquet, il faut composer le poème fleur après fleur, morceau par morceau. Certains morceaux sont plus coriaces et d’autres entrent dans le cerveau comme dans du beurre. Pas de panique
  2. de toute manière, il faut avoir un certain temps le poème sur un papier dans sa poche (le mieux, c’est de le transcrire soi-même, la main (ap)prend bien). Dans le métro, pendant la pub au ciné, à la mi-temps du match, pendant que tu fais la vaisselle, tu le sors et en apprends un bout. Brique après brique. Patience !
  3. sûr, il faut y revenir ! Il faut se les rentrer au marteau les mots. Répéter, répéter, répéter. Le même bout dix fois (il faut l’aimer, le poème, ça il faut l’aimer ! choisis le bien.) Dix fois le même morceau. Puis, les morceaux épars, voilà qu’on les attache les uns avec les autres. Alors commence l’art du bouquet. Satisfaction !
  4. mais il s’enfuit comme il est entré, le rat. Et ça n’arrive pas qu’à toi, sache-le. Le poème tout juste appris s’efface, apparemment. Et on s’enlise dans l’apprentissage comme dans un marécage. On se décourage. Et là, il faut la rage. Parce que c’est le moment où on sent bien qu’on va y arriver… J’en tiens un bout et il s’enfuit de moi ! Oui, mais tu l’as dis : tu le tiens. Alors : courage en courge !
  5. y revenir. Y revenir souvent. Enfin ! …cent fois sur le métier… Dans ta tête, c’est comme une cathédrale. Tu vois que commence à se bâtir une architecture qui tient haut debout par équilibre. Et ce bâti, il va falloir le ficeler. Un échafaudage. Tu dois joindre et attacher fortement les parties entre elles. Voilà le beau vrai moment. C’est le cadeau !
  6. mais le lendemain, patatras ! Un champ de ruine. Le tonneau est vide. Tu sais même plus le début. Putain de camion ! Et bien c’est là que ça commence à devenir intéressant : la première couche est posée, tu sais ton poème, mais tu ne sais pas aller le prendre là où il est. Tu ne sais pas où tu l’as mis, plutôt. Il faut passer à la seconde couche qui est : comment aller chercher le poème quand tu veux le dire. Non, mais !
  7. c’est une couche pour lier le tout. Tu dois poser des petits ponts. Repérer à la fin d’un vers un son qui revient au début du vers suivant. Tu dois crocheter des mots entre eux par des histoires que tu t’inventes. Tu dois compter les strophes. Tu dois poser partout ces genres de petits drapeaux de couleur qui vont automatiser ta mémoire. Et le poème tu dois apprendre à le réciter à toute vitesse. Quand tu ralentiras ensuite… c’est du gâteau !
  8. la mémoire, c’est une vaste maison hélas souvent inhabitée. Avant l’invention de l’imprimerie, les gens savaient ranger dans les chambres de la maison Mémoire des contes, des dictons, des poèmes, des chansons. Il faut que tu enfermes les morceaux épars de ton poème dans la même chambre. Pour cela, il faut que ton esprit ait fabriqué une partition de petits drapeaux qui sont repérés en avance du poème à chaque ligne, à presque chaque mot. C’est le support. Le poème, lui, c’est la musique. Si ! si ! c’est simple !
  9. à présent, tu connais le poème que tu as choisi. Tu l’as pris. A qui ? A son auteur. Voilà que l’as tellement visité en long en large et en travers, ce fichu poème, que tu le connais mieux que le poète. Il t’appartient. Il est vissé en toi. Il ne bougera plus à condition que de temps en temps tu le dépoussières. Très facile. Tu peux commencer à en apprendre un autre, que tu rangeras dans la pièce d’à côté. Cette nana, une bibliothèque vivante !
  10. mais le plus intéressant à présent, c’est de le dire, ce poème. C’est de jouir de ton joujou en toi caché. Vas y donc lentement, en soignant la musique des mots que tu connais si bien. La musique ! Si tu t’abandonnes à la musique c’est parce que le poème, il sort tout seul. Et quand un mot parfois ne vient pas, tu dois l’attendre, laisser faire, il prend son temps, il a ses raisons. Et nous, nous avons du plaisir à attendre avec toi. Parce que nous goûtons le joie incroyable que tu manifestes : être traversé(e) par le poème.

Claude Guerre

des Comités de lecture poétique en milieu scolaire :

Argumenter, lire, apprendre et réciter la poésie contemporaine

téléchargez le Dossier


Le comité de lecture propose un éveil à la lecture de la poésie contemporaine et à l’argumentation,  tout en initiant  les jeunes à une démarche critique.

Il se présente comme un parcours de sensibilisation à la poésie d’aujourd’hui et aux auteurs vivants. Il leur permet de découvrir que littérature est vivante, et d’en rencontrer les auteurs et les acteurs.

Les débats sont un apprentissage de l’écoute de l’autre et de la prise de parole dans le respect de l’opinion de chacun. Ils permettent de mettre en pratique la fonction véhiculaire de la langue, expression d’une pensée.

Une fois le texte poétique sélectionné, la phase d’apprentissage entre en jeu. C’est une étape charnière et essentielle entre la lecture et la récitation.

Des comédiens professionnels, habitués au travail sur l’oralité et la poésie,  accompagneront les élèves dans la mise en voix des textes appris. Bien loin du classique apprentissage pratiqué dans les classes élémentaires la dimension ludique de l’exercice dévoilera à chacun le plaisir et surtout l’intérêt (en termes d’investissement) d’apprendre et de connaître par cœur des textes de poésie.

Les élèves découvriront les subtiles nuances qui différencient interprétation et récitation, entrant ainsi au cœur des problématiques de l’écriture poétique contemporaine

Cette action s’adresse aux élèves de Collège (de la 6ème à la 3ème ainsi qu’aux classes d’accueil) et Lycée (général, technologique ou professionnel).

Les  textes

Leslie Kaplan, Toute ma vie j’ai été une femme ; éd POL  / Collège

Valère Novarina, Le Repas ; éd POL / Lycée

Laurence Vielle, Récréation du monde ; Maelstrom éditions / Lycée et Classe d’accueil

Gwenaëlle Stubbe, Salut salut Marxus / Collège

Valérie Rouzeau, Va où ; éd Le temps qu’il fait / Collège et Lycée

Les  classes

Lycées

Paris 15ème / Lycée Buffon ; 2nde

Paris 16ème / Lycée Passy St Honoré ; atelier théâtre

Noisy Le Sec (93) / Lycée professionnel Théodore Monod

Collèges

Paris 4ème / Collège François Couperin ; 4ème

Paris 13ème / Collège Camille Claudel ; Classe d’accueil

Paris 15ème / Collège Buffon ; 3ème

Paris 20ème / Collège Françoise Dolto ; 3ème

Paris 20ème / Collège Jean Perrin ; 3ème

La Varenne St Hilaire (94) / Collège Louis Blanc ;

Une action organisée par   et   

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